Virtuoses : Max Genève

19,50

« Avec le deuxième concerto, on sautait trente années. Le jeune pianiste farouche et maladroit (en amour) avait mué en compositeur illustre et, le sachant ou pas, transposait son problème d’homme avec les femmes en celui du piano avec le violon. Il est tout de même curieux que Bartók, à vingt ans d’intervalle, ait épousé des pianistes (ses élèves), après avoir aimé des violonistes. Ce créateur réputé froid, cérébral a écrit pour le violon les pages les plus enflammées. Mieux que beaucoup d’autres au tempérament « romantique » plus manifeste, il a su tirer de la voix, du timbre si particulier de cet instrument, et sans pathos, des accents de vérité pathétiques.
Dans cette partition sauvage, d’une extrême difficulté technique, qui exigeait de Frederika qu’elle arrachât à son violon des sons d’une férocité inouïe, la jeune interprète sut effacer la trace vénéneuse de son image publique et transporter d’enthousiasme un auditoire mal disposé à son égard. Pendant la courte demi-heure que durait le concerto, Peter, d’abord tendu, les mains moites, fut peu à peu gagné par un extraordinaire sentiment de gratitude. Ce n’était peut-être pas de l’amour, mais cela y ressemblait furieusement. »

Virtuoses, p. 63

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