Le tombeau du guerrier : Marie-Ève Sténuit

17,00

« Deux heures plus tard, nous arrivâmes à Deir ez-Zor, face à l’Euphrate. Le niveau de l’eau était bas, le cours du fleuve tranquille, animé à peine de quelques tourbillons entre des îlots d’herbes sèches. Des enfants nageaient. Je les enviai car la climatisation de la voiture venait de tomber en panne et la canicule que nous avions jusque-là retenue à l’extérieur s’engouffrait à présent en bouffées brûlantes par les fenêtres ouvertes. J’oubliai cependant la température dès que nous nous engageâmes sur le pont car je ressentis la même émotion qu’au musée de Damas. Grâce à Howard, je pénétrais pour la première fois en Mésopotamie, ce « pays entre les fleuves » dont j’avais rêvé dans mon enfance, la main dans celle de mon grand-père, en parcourant les salles consacrées à l’Orient ancien au musée du Cinquantenaire, ce pays lointain que j’avais étudié plus tard, à l’université, cette région mythique dans laquelle je plaçais aujourd’hui tant d’espoirs.

L’Histoire aujourd’hui devenait mon histoire. Une histoire où la terre était aride, couverte de la poussière des siècles, de millénaires de naissances, d’amours, de destins et de morts. L’aventure que j’étais en train de vivre me parut soudain un grain de sable dans l’immensité de ce désert de civilisations enfouies. »

Le tombeau du guerrier,  p. 73