Le Théâtre de l’inceste : Alain Arias-Misson

17,00

« Les émotions filiales que j’éprouvais pour ma mère ont fini par se dissiper. Elle m’avait non seulement privé de l’héritage de mon père, mais elle était allée jusqu’à créer un fonds en dépôt au nom d’un cousin ravi de rendre service, ce qui me laissait sans le sou en cas de décès prématuré. C’est ainsi qu’elle se vengeait du jeune homme qui l’avait quittée pour une fille qui aurait pu être sa petite-fille ! Elle ne lui pardonnerait jamais cette trahison et ne lui adresserait plus jamais la parole, ni ne communiquerait par écrit avec lui pour le restant de sa vie.

Il en allait tout autrement de ma relation avec ma fille. Ma sœur avait beau me rendre heureux, elle avait beau être une compagne exquise et une adorable putain, je ne parvenais pas à surmonter mon remords d’avoir « abandonné » ma « petite fille », comme je la considérais à présent sur le plan sentimental, étant restreint à une relation purement paternelle. Je l’aidais financièrement autant que je le pouvais, jusqu’à ce que les mesures que ma mère avait prises me réduisent à la pauvreté. J’avais beau me répéter que, par mon attitude, je ne faisais que m’apitoyer sur mon sort, que ma fille était une femme forte et dégourdie, tout à fait capable de prendre soin d’elle-même, la pitié et la crainte qu’il lui arrive quelque chose triomphaient de moi, tant je me sentais coupable de mon échec paternel, de mon inaptitude à subvenir à ses besoins, à veiller sur elle – en un mot, à la protéger. Je n’éprouvais plus aucun désir à son endroit, mais la frustration de ne pouvoir m’occuper d’elle me tourmentait. »

Le Théâtre de l’inceste, p. 115-116

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