L’Assassin à la pomme verte : Christophe Carlier

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« L’assassin devait avoir de solides raisons de haïr sa victime. À mon sens, il l’a assommée par colère. Il a tranché sa gorge pour se donner le frisson de l’arme blanche. Et, comme le sang continuait de couler, l’a finalement étouffée. Assommé comme un boeuf, saigné comme un porc, contraint d’ingurgiter sa cravate comme on ravale ses ambitions, ce client riche mais infortuné a dévalé en un instant toutes les marches du piédestal où le sort l’avait placé. Difficile d’imaginer autre chose qu’une vengeance, dont l’exécution a été rapide comme l’éclair et facile comme un pied de nez.

C’est un criminel au coeur léger qui a dû quitter la suite 205. Aurait-il croisé quelqu’un dans l’ascenseur que son front lisse et sa mise impeccable n’éveillaient aucun soupçon. Il devait être aussi anonyme que l’homme à chapeau melon dont Magritte dissimule le visage derrière une pomme verte. Je l’imaginais, méticuleux, irréprochable, les traits absolument masqués par la rondeur et la couleur du fruit. Seule certitude : l’assassin à la pomme verte n’a pu quitter l’hôtel, lundi soir, qu’en passant devant la réception. J’ai donc nécessairement vu glisser sa silhouette devant le comptoir où je suis assigné à résidence. »

L’Assassin à la pomme verte, p. 75-76