La maison Matchaiev : Stanislas Wails

17,00

« Depuis la disparition de son père, même ses rêves s’étaient remplis d’images obsédantes qui venaient éclater à l’improviste pendant la journée, comme des bulles à la surface d’une eau trouble et glacée. Des objets, des phrases, des regards même, lui revenaient, sans raison apparente, en mémoire. Le gant troué qu’il ne voulait pas jeter, une casserole où cuisait du chou rouge à la belle couleur douce et âcre à la fois, sa tête aux cheveux de neige, en contre-jour, la petite hache avec laquelle il coupait le bois, la chaîne qui faisait des nœuds dans le creux de son cou, les veines saillantes de sa main, une petite ride qu’elle aimait bien, au coin de son œil gauche, non, droit. Elle sentait alors son cœur se serrer, se serrer physiquement : ce n’était pas une image poétique, mais une sensation brutale, concrète, qui lui coupait le souffle. La même qu’elle ressentait, petite, quand elle le voyait prendre sa guitare et, soudain enflammé, se mettre à gueuler des chansons de Vissotsky pour combattre la mélancolie qui tombe avec la nuit. »

La maison Matchaiev, p. 54

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