La Cigarette et le Néant : Horace Engdahl

17,00

« À l’époque la plus dévergondée, quand, au sein de notre société, on pouvait fumer et baiser à droite à gauche sans éprouver de culpabilité, une publicité montrait un jeune couple se reposant après un rapport fougueux, chacun sa clope à la main. La légende disait : « La cigarette d’après ». Cette photo fut par la suite reprise dans d’innombrables scènes d’amour à l’écran. Quelques années plus tard, tout est parti à vau-l’eau, tant pour le tabac que pour l’érotisme au cinéma. Mais la découverte de l’effet et l’intensité particulière de la première bouffée sont restées. Face à l’absolu – la mort, l’orgasme, la catastrophe, la page blanche – l’homme disposait désormais d’un nouveau rite, imbattable. Cioran dit qu’il y a des moments où une cigarette vaut plus qu’un évangile. Même un chrétien l’admettra. Le peloton d’exécution témoigne son respect au condamné en lui accordant une dernière cigarette. Quand on est vraiment secoué, il n’y a qu’une Camel sans filtre pour vous remonter, même si ça fait des décennies qu’on a arrêté de fumer. La perspective de la fin du monde serait parfaitement supportable, si seulement on pouvait s’en griller une après. »

La Cigarette et le Néant, p. 123-124

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