Adieu le cirque ! : Cheon Un-yeong

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« Maman n’est pas quelqu’un qui va céder facilement ce qui lui reste de vie. Elle ne peut pas mourir, car elle attend les fleurs de pêcher, car elle ne peut oublier la saveur du jus de pêche. Le diagnostic du médecin qui lui accordait peu de jours, les taches de vieillesse qui lui maculaient la peau, le grave diabète qui avait conduit à l’amputation de son pied, et toutes les autres complications, rien n’était parvenu à la vaincre. Elle a pu passer l’hiver grâce au mariage de mon frère. Elle ne pouvait pas, disait-elle, mourir avant d’avoir vu ça. C’est elle qui avait eu l’idée du voyage-rencontre en Chine. Une fois son fils marié, elle ne pouvait mourir sans avoir assisté à la naissance de son petit-fils ou de sa petite-fille, au premier retournement de son corps, à ses premiers pas, à son premier babil. Et le moment venu, elle trouverait forcément d’autres bons prétextes pour rester en vie. Moi, j’étais exténué. Toujours souriant avec bienveillance, je guettais la moindre occasion pour m’enfuir. Je ne pensais qu’à ça. Je voulais me débarrasser du fardeau qui pesait sur mes épaules, le jeter au loin. Je ne supportais plus qu’il adhère ainsi à mon corps. J’avais au moins besoin de quelqu’un pour le partager. Je me suis rappelé le visage de Haehwa. Lors de la première rencontre, elle m’était apparue comme un oiseau fragile aux plumes encore mouillées. Un petit oiseau, à peine éclos, qui prend pour sa mère le premier objet qu’il voit à la sortie de l’ oeuf. Cet oiseau avait vu mon frère. Il n’avait pas saisi que c’était plutôt l’autre qui avait besoin de protection. »

(Adieu le cirque !, p. 44)

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